mar 11 2010
Vis ma vie… de stagiaire en PQR
Pour sortir du microcosme parisien, nous avons été envoyés dans des rédactions de toute la France à l’occasion des régionales. Seulement, une rédaction de quotidien local (aka presse quotidienne régionale : PQR) a pas mal de différences avec une rédaction nationale. Au cours de cette semaine d’immersion, mon quotidien a ressemblé à ça.
9 heures : conférence de rédaction. Dans une grosse rédaction, seuls les chefs de service peuvent y assister. Ils viennent y présenter les articles qu’ils comptent publier dans leur rubrique et réclamer la Une et plein de pages rien que pour eux. Ici, dans le journal où j’ai été envoyé, c’est pas pareil. Autour de la table, que des journalistes et la rédac-chef. Elle égrène des sujets, ils prennent, ils prennent pas. Un peu comme quand j’étais à Contrepoint, en fait. Chose étrange qui m’a choqué jusqu’au tréfonds des abysses de mon âme : aucun n’a d’iPhone. Ils ont tous des téléphones même pas tactiles. Weird. Les journalistes ne sont pas aussi friands de technologie, semble-t-il. Et leur spécialisation est mois… hum… “rigide”. Il y a un spécialiste politique et une spécialiste éducation, mais ils peuvent aussi bien couvrir des faits divers, des manifs, des festivals, etc. La liste des sujets traités dans le journal ne fait pas l’objet d’une numérisation ultérieure : tout est répertorié dans un agenda. A la main. Je ne sais pas depuis combien de temps je n’ai pas écrit à la main. Ah, si, c’était hier, quand je prenais des notes en parlant avec des sans-papiers et que le temps était glacial et que je sentais plus mes mains. Bref. Dans un coin de la pièce, un Minitel. *glups* Au mur, une affiche : le Comité d’Entreprise organise une pêche au brochet. Comme dirait Twitter, #jeveuxrentrerchezmoi.
10 heures : j’ai un article, et même deux. Le premier est une brève, un texte court, informatif, sur un festival qui débute le lendemain. Le deuxième est un chouïa plus long et doit porter sur une des manifestations qui aura lieu au cours du festival. Si tu suis un peu, tu auras compris que si j’ai été envoyé en locale pour suivre les élections régionales, je n’en verrai pas grand-chose aujourd’hui.
10 : 01 : Rien.
10 : 03 : Rien.
10 : 05 : Je débranche sauvagement un cable réseau d’un ordinateur inoccupé pour le brancher sur mon PC. Il n’y a pas de Wi-Fi dans la rédaction et personne n’a daigné me filer les identifiants pour utiliser un des ordinateurs de la rédaction.
10 : 07 : Je poke. Je lol les statuts de mes comparses.
10 : 08 : Je poke back.
10 : 09 : Ah, un SMS… Le 81212. -_-’
10 : 10 : Ah, un mail. Je réponds. Là, message d’erreur : “Impossible d’envoyer le message. Le paramètre d’authentification n’est peut-être pas correct pour votre serveur de messagerie pour courrier sortant.” J’utilise mes dons de geek pour découvrir la source du problème. Le problème vient du réseau. Mon PC n’aime pas les réseaux de province, on dirait.
11 : 04 : “Je vais au Parc Floral, tu veux venir ?“, me lance un journaliste de la rédac’. Moi : “Ah, ben, euh, c’est où, ouais, youpi.“
11 : 28 : Arrivée au Parc Floral. Nausée. Les journalistes de la PQR ont dû avoir leur permis dans une pochette surprise juste pour être embauchés. Il nous faut traverser le Parc pour rejoindre la serre aux papillons. La serre aux papillons. LA SERRE AUX PAPILLONS. #régionales2010fail
11 : 34 : On entre dans la serre aux papillons où l’on ne voit pas de papillon. Juste une madame qui parle devant une dizaine de personnes des nouveautés proposées par le parc pour la prochaine saison. Tout ça dans le respect de la biodiversité. A la fin : “Vous avez des questions ?” Silence. Là, je me souviens du séminaire écologie et développement durable. “Vous avez de l’huile de palme ?“ “Vous avez des espèces sauvages en liberté ?” “Ah oui, bien sûr. Des tas. On ne les voit pas, elles ne sortent que quand il n’y a personne, mais on a vu leurs traces de pas dans la neige.” Cool.
11 : 58 : Retour à la rédac’. Poke. Poke-back. Poke-back. Poke-back. Poke-back.
12 : 14 : Déjeuner. Au McDo’, pour me rappeler cette odeur universelle et présente dans toutes les villes.
12 : 46 : Passage par la Fnac. Argh. Il n’y a pas d’escalator !
12 : 58 : Michael Tolliver est vivant n’existe qu’en version de poche.
13 : 26 : Un magasin Carrefour en plein centre-ville. Même à Athis-Mons où il est l’incarnation du lieu communautaire par excellence, il est à la périphérie.
13 : 42 : Pérégrinations. Aucune chance que je me perde, c’est trop petit. -_-’
14 : 22 : Retour à la rédac’. “Tiens, va au tribunal, y a un prêtre qui a essayé de calmer un jeune dans le train, et il se retrouve avec une plainte pour abus sexuel. Tu vas voir, c’est à deux minutes d’ici, tu prends la deuxième rue là, tu regardes à droite et dès que tu rentres, tu tournes à droite. Dépêche-toi, ça a déjà commencé. Si tu le rates, tu l’as dans le baba.“
14 : 26 : Paumé.
14 : 32 : Paumé.
14 : 37 : Trouvé. Portique de sécurité, digne d’un aéroport avec retrait de la ceinture. Entrée dans la salle d’audience. Un procès pour vente et consommation d’héroïne.
14 : 52 : Toujours le même procès. Mon prêtre serait-il déjà passé ?
15 : 14 : *dort*
16 : 05 : Le procès que j’attendais commence. Mais c’est pas celui que j’attendais en fait, puisqu’il s’agit d’un grand-père accusé de pédophilie et pas d’un prêtre avec un d’jeun’s rebelle.
18 : 30 : Fin de la séance
19 : 22 : Ayé, j’ai rédigé tous mes (petits) papiers. Là, je pars en courant pour assister à un meeting même si j’ignore où il a lieu. On m’a oublié. *pleure*
19 : 48 : Arrivée au meeting. “Toi + moi + eux + tous ceux qui le veulent…”
Martine Aubry Meeting d’Orléans
22 : 34 : Fin du meeting. Prochain tramway dans 25 minutes. Gné ?!
22 : 59 : Tramway. *froid*
23 : 32 : Pfiou.




