oct 26 2009
Yes, we can (sic)
A Poudlard, on reçoit des invités de marque. Et pour ouvrir le bal, c’est la charmante (ben quoi ? si ça se trouve, je vais décrocher un stage à CNN grâce à cet adjectif bien placé) Hala Gorani qui s’y est collée.
Hala Gorani, c’est une madame sympatoche, même si elle est très vieille du haut de ses 39 ans (oui, parce qu’au-delà de 28 ans, on est un senior). Née à Seattle (aux States) avec des origines syriennes, elle a grandi à Neuilly, est allée à l’université aux States, puis à Sciences Po Paris. Bref, aucune Google Map ne serait assez large pour contenir son parcours d’un seul coup d’œil. Après avoir travaillé à La Voix du Nord, elle a fait un passage de cinq minutes (sic) à France 3. Où on lui a subtilement fait comprendre que si elle n’est pas allée à Poudlard, elle ne pourra jamais percer. Alors elle tente le concours de l’école mais échoue à deux reprises. Lasse, elle décide de partir. Mais pour de vrai, hein. Elle se rend alors à Londres et aux States où elle finit par couvrir l’actualité internationale chez CNN. Et maintenant, c’est une star de CNN. Et vu que j’ai pris l’ascenseur avec elle, ben, je suis une star aussi.
Même si je gagne beaucoup moins qu’elle. Après un acharnement que seuls des journalistes expérimentés et merveilleux peuvent démontrer, elle a fini par révéler qu’elle gagne un million d’euros par mois et qu’elle prévoit de s’acheter une île où elle fondera sa propre école de journalisme.
Ce qui est bien avec Hala Gorani, c’est qu’elle a un message très Yes-We-Can à faire passer. Par son parcours d’abord, mais aussi dans ce qu’elle dit. Exemple :
Vous pouvez vous installer où vous voulez avec votre ordinateur et une connexion Internet.
Evidemment, quand on a de l’argent, c’est mieux, mais ça marche aussi sans une fortune colossale. Je crois que le message essentiel d’Hala, c’est que des voies d’accès existent toujours. On nous serine sans arrêt que le journalisme est devenu un milieu hermétique. Qu’au bon vieux temps, les vendeurs de journaux à la criée devenaient grands reporters en 6 mois et rédacs-chef en deux ans. Alors, oui, bon, ça, c’est effectivement derrière nous (et Dieu merci, hein, parce qu’engager des Gavroche, faut peut-être pas pousser Mémé dans les orties non plus).
Mais comme le dit si justement Hala (lèche-bottes complaisant qui veut bosser à CNN ? moi ?), il y a de nouveaux moyens à notre disposition. On n’a plus besoin de vendeurs à la criée, n’en déplaise à Durmstrang (*private joke*), mais de combien de regards frais disposons-nous sur des zones du monde dont tout le monde se contrefiche ? Le journaliste n’est pas forcément là où il y a du buzz. C’est justement en se démarquant, en ayant sa propre griffe, qu’il parvient à apporter quelque chose au lecteur.
Il faut être heureux d’être différent.
*violons*
Elle a également évoqué les différences entre le journalisme anglo-saxon et les médias de l’Hexagone. De l’autre côté de la Manche et de l’Atlantique, on est dans le direct live à fond. Ça bouge, ça pulse, ça s’en va et ça revient. En France, on est plus posés, plus timorés, plus enregistrés. L’info’ y est plus polie, plus lisse. Et puis, on est plus gentil avec l’invité politique. On ne cherche pas à le mettre en difficulté, à lui montrer ses contradictions ou ses erreurs, ni même à le forcer à répondre à la question posée. A l’inverse, dans l’English-speaking world, le journaliste se perçoit beaucoup plus comme un contre-pouvoir. Du coup, il n’hésite pas. Avec le sourire ou en montrant les crocs, peu importe, il y va.
Au vu de l’évolution des ventes dans les deux worlds, on ne peut pas dire qu’un modèle vaut mieux que l’autre. C’est juste que nous, visages du journalisme de demain, avons tout à apprendre et à inventer. Dans le journalisme aussi, le change est en marche.

